L’interview d’Astolfo Zingaro

Zingaro Astolfo, 1990, huile sur toile, 130 x 97 cm

Zingaro Astolfo, 1990, huile sur toile, 130 x 97 cm

J.L. Turpin : dans tes débuts, as-tu suivi une formation, fréquenté une école d’art ?
Astolfo Zingaro : non, rien.

J.L. Turpin : alors comment t’es-tu formé, comment es-tu entré dans le métier ?
Astolfo Zingaro : dans la solitude, en regardant la peinture, en essayant d’approfondir de plus en plus la peinture.

J.L. Turpin : en regardant quelle peinture, quels peintres ?
Astolfo Zingaro : j’ai été très curieux de tout, mais c’est surtout certaines périodes qui m’intéressent. Tu sais ça fait soixante ans que je peins. C’est très long. Des influences y en a des quantités, mais il y en a certaines qui émergent de tout ça. Évidemment, si tu parles des grands mecs, on a Giotto, Piero della Francesca et puis d’autres, d’autres… Il y en a eu toute une pléiade. Avec le temps, je suis arrivé à trouver mon propre chemin.

J.L. Turpin : jusque dans les années 1980, on ressent parfois l’influence de Giacometti, de Staël ou encore de Morandi dans ton travail. C’est bien sûr tout sauf un reproche car il faut être en mesure de se confronter à des artistes de cet acabit. En tout cas, à un moment donné, on ne détecte plus d’influences dans ton travail, si ce n’est peut-être le souffle de civilisations éloignées comme l’Egypte ancienne. Est-ce que ça veut dire que depuis plus de trente ans tu n’as plus besoin de la peinture des maîtres ?
Astolfo Zingaro : non on ne peut pas dire ça, c’est un peu trop. Il demeure des influences, mais c’est comme ça, ça doit être comme ça : à peine dit.

Zingaro Astolfo, 1984, huile sur toile, 81 x 100 cm

Zingaro Astolfo, 1984, huile sur toile, 81 x 100 cm

J.L. Turpin : tu as toi-même influencé d’autres peintres. Dans le début des années 1980, tu es venu pratiquer le modèle vivant dans un cours que j’ai moi-même fréquenté. Je ne parle ici que de ce que je connais. Pour nous les étudiants, les peintres en herbe, tu apportais quelque chose de nouveau, que nous ne connaissions pas et qui a fortement marqué certains d’entre nous.
Astolfo Zingaro : y parait, mais je ne suis pas sûr que tous ces jeunes m’aient réellement compris.

Zingaro Astolfo, 2008, huile sur toile, 117 x 89 cm

Zingaro Astolfo, 2008, huile sur toile, 117 x 89 cm

J.L. Turpin : des artistes incontestables, des cadors, comme Staël et Giacometti, ont affirmé que ― d’une certaine manière ― l’on peut peindre n’importe quoi. À chacun ses sujets de prédilection, ses sources d’inspiration. Quels sont les tiens ? Je ne parle pas ici de la raison profonde qui te pousse à peindre ou des objectifs que tu tiens pour essentiels. Je pense aux éléments du monde visible ou d’un monde intérieur qui nourrissent ton travail.
Astolfo Zingaro : je suis un peu persuadé par certaines taches de couleurs que je vois. Tu vois à la fenêtre, là, tu vois ce blanc (on aperçoit les derniers étages et les rives des toits des immeubles environnants). Ce blanc là c’est merveilleux. Je regarde intensément et j’essaye de traduire ça. Ces blancs sont le reflet de ce que j’aimerai faire.

J.L. Turpin : je sais que tu as toujours bloqué ― impitoyablement ― le maximum de ton temps autour de la peinture. Comment ça se passe aujourd’hui ?
Astolfo Zingaro : j’essaye de peindre le plus possible. Je m’y mets le matin et j’arrête quand je suis crevé. Et souvent c’est à midi, souvent c’est à une heure, parfois c’est jusqu’au soir. J’essaye toujours de peindre le plus possible.

J.L. Turpin : en matière de peinture, existe-t-il ou plutôt as-tu des objectifs que tu tiens pour essentiels ?
Astolfo Zingaro : je crois que j’aimerais bien arriver à une toile monochrome, c’est un peu ça. Celle là (il me montre une toile presque entièrement jaune) est habité, celle-là (une toile qui, placée à côté de la première, semble un peu grise) reste à faire.

Zingaro Astolfo, 2009, huile sur toile, 73 x 92 cm

Zingaro Astolfo, 2009, huile sur toile, 73 x 92 cm

J.L. Turpin : j’aimerais ― à cette occasion ― tenter d’élargir la vision réductrice ― une toile couverte de manière égale par une couleur uniforme ― que l’on a parfois de la toile monochrome. Dans cette aspiration au monochrome, n’y a-t-il pas au moins deux écueils : la couleur qui ne prend pas (la grisaille) et la couleur ostentatoire qui exclue les autres tons ?
Astolfo Zingaro : on peut utiliser beaucoup de jaune, pratiquement que du jaune, sans qu’une toile soit trop jaune, sans qu’elle puisse être réduite à cette teinte. Tu ne peux pas l’expliquer, c’est difficile. En réalité, on ne peut rien expliquer.

J.L. Turpin : peux-tu nous donner quelques indications sur ta démarche de peintre ?
Astolfo Zingaro : on ne peut pas écrire des livres pour savoir peindre, ça n’existe pas. C’est du camouflage tout ça, à mon avis. Là dessus je suis extrêmement clair : je n’ai pas de procédé. C’est une aventure, une aventure totale à chaque fois. Il faut que le pinceau fasse son chemin. Le pinceau, bien sûr, c’est ce qu’il y a l’intérieur de moi. En fait, ca se fait tout seul, et, à chaque fois, je suis surpris par quelque chose que je ne connais pas… C’est là où ça devient vraiment intéressant.

Pour plus de Zingaro :
Astolfo Zingaro – Peintures Pitture 1952-2013, éditions Manucius, Paris 2013

Les illustrations de cet article sont extraites de l’ouvrage mentionné précédemment et intégrées ici avec l’aimable autorisation de Claude Bellone-Zingaro, épouse de l’artiste.

Interview réalisé en juin 2016

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