Introduction
François Colmart est un entrepreneur, un traducteur, un conseiller et un ancien officier de la marine nationale.C’est quelqu’un qui a beaucoup voyagé, notamment en Chine. Il parle d’ailleurs le chinois et entretient avec ce pays des rapports étroits depuis des décennies. François Colmart a donc une vie bien remplie, le genre de vie où l’on ne s’ennuie pas. Pourtant il y a encore autre chose qui le tenaille, c’est l’art en général et la peinture en particulier. Il collectionne les œuvres peintes, mais aussi gravées et dessinées et sculptées. Et c’est, bien sûr, le collectionneur qui va nous intéresser.
Dans les années 80, sans dessiner lui-même, il a fréquenté, il lui est arrivé de fréquenter plutôt, le cours de Rémy Aron, son groupe d’élèves, et quelques artistes plus aguerris qui venaient pratiquer le modèle vivant. Je dois préciser que je faisais partie de ce groupe d’élèves, qui venaient trouver dans ce cours ce qu’ils ne trouvaient pas aux Beaux-arts ou qui préparaient justement l’entrée aux Beaux-arts. Depuis cette époque, maintenant lointaine, ce passionné de peinture est resté en lien avec certains d’entre nous. Il nous a acheté un dessin ou une huile de temps en temps. Il a aussi, parfois procuré du boulot à ceux qui connaissaient une période de dèche. Il l’a fait en se souciant de ménager leur pratique artistique… et ça c’est quand même extraordinaire ! A ce sujet, on lira ou on relira l’interview d’Albert Hadjiganev, donné récemment dans les colonnes de cette publication.
Toutes ces années, je veux dire toutes ses années écoulées depuis que François est apparu dans le cours de Rémy, nous avons vu sa collection s’étoffer. Bien sûr cette collection n’est pas un placement et elle n’est pas non plus contrainte pas l’air du temps et les consignes des autorités culturelles. Les amateurs d’art qui aiment vraiment la peinture et qui l’achètent, en se fiant essentiellement à leurs yeux et à leurs émotions, sont rares et précieux pour notre discipline. C’est pourquoi cette publication devait recueillir et de diffuser les propos de cet amateur d’art invétéré.
Comme je séchais, comme j’alignais péniblement trois questions, j’ai demandé de l’aide à Véronique, Véronique Fleau Andréani, elle aussi totalement acquise au troisième art. C’est donc elle qui a rédigé ce questionnaire auquel François a fait des réponses courtes, mais significatives.
C’est parti…

Modigliani Amedeo, Paul Guillaume, Novo Pilota, 1915, huile sur carton collé, 105 x 75 cm, Musée de l’Orangerie, Paris
Véronique Fleau Andreani : comment est née votre collection ?
François Colmart : sans le savoir. Je n’ai jamais eu l’idée d’être un collectionneur. Je n’ai jamais eu de démarche systématique, mais j’ai toujours été guidé par l’envie de me faire plaisir.
Véronique Fleau Andreani : s’agit-il d’achats « coup de cœur » ou d’un investissement ?
François Colmart : uniquement des coups de cœur. Je n’ai jamais agi en investisseur mais plutôt en fonction de mes moyens.
Véronique Fleau Andreani : avez-vous une ligne directrice ? Cherchez-vous une cohérence dans votre collection ?
François Colmart : la cohérence est donnée par l’accrochage déjà réalisé. Il a pu m’arriver de ne pas acheter un tableau parce que je savais qu’il ne trouverait pas sa place.
Véronique Fleau Andreani : quand avez-vous commencé cette collection ?
François Colmart : autour de l’âge de 28 ans avec le père d’une amie, amateur d’art lui même, qui m’avait emmené chez un de ses amis qui vendait des dessins. Des œuvres que j’ai encore (Steinlen, Marquet…) et dont je n’ai jamais regretté l’achat.
Véronique Fleau Andreani : avez-vous entrepris d’autres collections en dehors de la peinture ?
François Colmart : j’ai également des sculptures, de la céramique, des objets asiatiques et africains.
Véronique Fleau Andreani : avez-vous une œuvre préférée dans votre collection ?
François Colmart : je n’aime pas établir de hiérarchie mais si on devait sélectionner, je choisirais un tableau de Georges Rouault qui représente une jeune fille au collier et un buste féminin de Denis Monfleur, posé sur mon bureau. Deux œuvres qui n’ont aucun rapport entre elles.
Véronique Fleau Andreani : quelle est l’œuvre que vous avez eu le plus de mal à trouver ou à acquérir ?
François Colmart : sans objet puisque je ne constitue pas de collection à thème.
Véronique Fleau Andreani : existe-t-il une œuvre que vous auriez aimé acquérir et qui vous serait « passée sous le nez » (autre acquéreur, prix dissuasif, « pas à vendre », etc.) ?
François Colmart : il m‘est arrivé fréquemment dans des ventes aux enchères de laisser un ordre trop bas pour être retenu par le commissaire priseur. Ce n’est jamais un bon souvenir.
Véronique Fleau Andreani : quelles-sont vos relations avec les artistes collectionnés ?
François Colmart : parmi les artistes dont j’ai acquis des œuvres, certains étaient déjà des amis ou le sont devenus.
Véronique Fleau Andreani : avez-vous des contacts avec d’autres collectionneurs ?
François Colmart : quelques amis sont également collectionneurs mais nous parlons de tableaux et de peintres, pas de collection.
Véronique Fleau Andreani : dans l’histoire des arts, quels sont vos artistes préférés ?
François Colmart : Chardin, Ruydael, de Stael, Truphémus, Joan Mitchell… la question est trop large et donc ma liste est loin d’être exhaustive.

Hans Memling, La Vierge et l’Enfant avec saint Antoine abbé et un donateur, 1472, huile sur chêne, 92,7 x 53,6 cm, Musée des beaux-arts du Canada
Interview réalisé en février 2026 pour sur-la-peinture.com.
Le cas échéant n’oubliez pas de le mentionner…
Le lien vers l’entretien avec Albert Hadjiganev évoqué dans l’intro.

