À contre courant
de l’art contemporain

Marie Sallantin : À contre courant de l’art contemporain

Marie Sallantin : À contre courant de l’art contemporain

Mon projet, à la fois mon intention première et mon but ultime, est de développer et de proposer un commentaire à propos d’À contre courant de l’art contemporain, un livre de Marie Sallantin. Cependant, avant de spéculer sur cet ouvrage, je dois commencer par parler de sa production picturale, autrement dit de son travail.

Bacchanale pour Bernie, 2009, tempera sur contreplaqué, 38 x 87cm

Bacchanale pour Bernie, 2009, tempera sur contreplaqué, 38 x 87cm.
Si vous êtes sur grand écran, vous pouvez cliquer sur cette image pour l’agrandir, sinon vous pouvez la zoomer

De façon préliminaire, j’écrirais que Bacchanale  pour Bernie, cette huile sur bois de Marie Sallantin est formidable. Je vais bien sûr argumenter cette déclaration, ce qui n’a d’ailleurs rien d’extraordinaire, car, contrairement à une idée répandue, à rebours du fameux « les gouts et les couleurs », l’objectivité a toute sa place dans l’appréciation d’une toile. J’y viendrais et je vous dirais quelles sont les qualités plastiques de ce tableau.
Dans le cadre de ces cogitations sur le travail et les écrits de cette peintre avérée, il m’est venu tellement de choses à l’esprit que je me demande si vous tiendrez le choc jusqu’à mon éloge pour Bacchanale pour Bernie. C’est d’ailleurs seulement après cet éloge que, logiquement, d’autres travaux de Marie Sallantin, une bonne dizaine, pourront être intégrés… Advienne que pourra, je me lance.

avant-propos

Depuis que je vis seul, c’est peut-être lié, je vais sur Facebook, FdeB pour les intimes, trois ou quatre fois dans la journée, pour un maximum le plus souvent compris entre vingt et trente minutes. Excepté quand je concocte moi-même une publication, ce qui n’est pas si fréquent, j’y reste, à chaque fois, très peu de temps, mais j’y vais plusieurs fois.
Notez bien que ce n’est pas totalement dépourvu d’intérêt. Tout d’abord, sur mon « fil » FdeB, il y a d’innombrables reproductions d’œuvres des grands peintres. C’est ainsi que je suis par exemple revenu sur le jugement que je réservais à Pissaro. En vérité, tous ces grands artistes ont, le plus souvent, des centaines d’œuvres à leur actif et l’on en connait que très peu. Ainsi et jusque là, j’avais pu observer au grand maximum une vingtaine de toiles de Pissaro. Au regard de ce petit échantillon, je considérais que les toiles de ce cacique étaient souvent un peu éteintes, un peu mornes, qu’il manquait souvent l’impact des contrastes et notamment celui des contrastes de couleur. Cependant j’ai découvert sur FdeB un certain nombre de toiles de Pissaro que je ne connaissais  pas, deux  dizaines de mieux sans doute. Et, même en très petit, même à l’écran, je me suis dis… Pissaro  ! Quand même  !
D’autre part, grâce à mes passages sur ce réseau, sur mon « fil » donc, « fil » qui regroupe de très nombreux peintres et amateurs de peinture, je connais les tendances du moment. J’ai d’ailleurs pu recouper avec ce que j’ai pu voir dans les galeries. J’ai observé ainsi de nombreuses peintures figuratives, très soignées, léchées même. Sans vouloir être méchant, on n’est pas loin, parfois on est en plein, dans un genre néo-pompier. L’habileté, quand elle va jusqu’à la démonstration (tendance mousquetaire du pinceau ou tendance plus vrai que le monde réel) devient problématique. D’une part, on néglige les enjeux proprement plastiques (l’accord général, global, des tons, l’échelle, l’unité, le parti, la circulation de la lumière…), au profit des effets et du brio. Enfin, cette recherche d’habileté à une nette tendance à effacer la sincérité et donc la singularité… au profit d’une habileté sans grand intérêt. A moins de démarrer tardivement, après quelques années à dessiner dans l’idée d’épater son monde, on est habile. Quand cette habileté est la principale perspective des uns et des autres, hé bien on confond les uns et les autres… C’est ça le principal résultat.
Toujours sur FdeB, je vois aussi, je vois souvent, des toiles, figuratives ou non, mais, cette fois, très lâchées, à priori spontanées, des toiles pas désagréables, mais parfois un peu creuses ou désaccordées. Enfin, et c’est une autre direction, moins marquée, plus ancienne maintenant, le non figuratif léché se pratique toujours, mais semble en perte de vitesse… Je dois dire que ce n’est pas là une immense catastrophe. Je vous épargne un certain nombre de toiles, de toiles disons conceptuelles, le plus souvent très faibles au plan plastique.
De ces différentes tendances observées sur le réseau, il nait parfois quelques pépites. Cependant, j’ai progressivement observé le phénomène suivant : un certain nombre de ces peintres prodigieux semblent s’en remettre au hasard. J’ai bien dit un certain nombre et je m’explique : à un moment donné je me suis dit, j’ai fini par me dire, ce peintre, ne sait pas vraiment quand sa toile est bonne ou quand elle est mauvaise. Il produit beaucoup et, pratiquement chaque jour, il nous présente un boulot. Un jour c’est presque une merveille, parfois s’en est vraiment une, et les trois jours qui suivent viennent des toiles sans consistance, sans unité, sans qualité plastique. Je n’exagère rien. J’ai passé l’essentiel de ma vie à peindre, à dessiner et à regarder la peinture des figures tutélaires. Quand on fonctionne comme ça on n’est pas forcément une pointure, mais on a l’œil aiguisé. Là vous pensez : « Ce mec n’est pas vraiment convivial, c’est de toute évidence un malfaisant ».  Accordez-moi votre mansuétude, je la mérite car je ne suis pas mauvais public, même en matière de peinture. Pour prouver ma bonne foi, je pourrais d’ailleurs nommer une demi-douzaine, sans doute une douzaine, d’excellents praticiens qui affichent leur travail sur ce réseau. Sans compter bien sûr tous ceux et celles qui ne sont pas sur mon fil. De plus je ne mégote pas mes compliments, je suis généreux, parfois dithyrambique… pourquoi rester tiède et avare de compliments quand on aime ?

Bacchanale pour Bernie
et autres oeuvres de Marie Sallantin

Ainsi, quand je vois les toiles de Marie, je suis aux anges. C’est l’expression adéquate, puisqu’il y a de nombreux anges dans ses merveilleux boulots. Mais entamons enfin mon petit  panégyrique à propos de Bacchanale pour Bernie.
Notez que la toile retenue, la toile en question, est une toile parmi tant d’autre, parmi des centaines d’autres. Je vous en proposerais d’ailleurs une dizaine de mieux dans la suite de cet article. Bacchanale pour Bernie est une toile joyeuse, simple et enlevée… Ce qui est déjà pas mal, mais venons-en aux qualités proprement picturales, c’est-à-dire à ce qui nous intéresse en tout premier lieu. Je pense notamment à l’espace et à la couleur. Dans les deux dimensions, l’espace que Marie construit est large. Le tableau se construit aussi dans la profondeur, mais, et c’est bien sûr crucial l’ensemble est plan, frontal. Elle illustre donc parfaitement cette formule de Staël : « L’espace pictural est un mur mais tous les oiseaux du monde y volent librement à toutes les profondeurs. »
Nicolas de Staël, Lettre à Pierre Lecuir, Paris, 3 décembre 1949
Cette toile est parfaitement composée, c’est-à-dire que toutes les surfaces colorées sont à leur juste place, à leur juste forme et à leur juste force. Il y a bien sûr un accord général des tons. Les couleurs fraternisent et le parti, dans ses rapports de rouge violet et de jaune, est parfaitement orchestré. Notez aussi que la liberté de dessin et de couleur de Marie Sallantin est impressionnante. C’est-à-dire que ce travail spontané, presque jeté, est parfaitement calé. Cette liberté là, qui ne sacrifie aucun des enjeux du domaine pictural suppose, c’est sûr, de gros moyens. J’ai évoqué plus haut le syndrome du coup de chance, aussi vous pensez peut-être que ce travail savoureux et très libre pourrait-être un coup de chance ? Ce n’est pas le cas. Marie a une production fournie et j’ai la conviction qu’il n’y a pas grand-chose à jeter parmi ses (très) nombreux travaux.
Le moment est d’ailleurs venu d’intégrer quelques unes de ses œuvres à  mon commentaire.

Les anges rebelles, 2015

Les anges rebelles, 2015

À l’aune de ces reproductions, justement tirées de son livre, j’ai dans l’idée que même en reproduction, même à l’écran, même en tout petit, ses toiles nous enchantent et nous scotchent.

Enfer, Les damnés, d'après Rogier van de Weyden 6

Enfer, Les damnés, d’après Rogier van de Weyden 6

Nul besoin en réalité de les défendre, elles parlent d’elles mêmes, et je suis sûr que vous en conviendrez : Marie Sallantin est une peintre !
Bien sûr ce titre n’est pas donné à tout le monde, et, pour des artistes de son acabit, comme Albert Hadjiganev récemment interviewé, une expo dans un des grands musées des beaux-arts de ce pays serait le moins.
J’ajoute à mon compliment, je précise en fait, que si le fond et la forme ne font qu’un, autrement dit, si le sujet est pertinent et fait corps avec la composition colorée, le sujet lui-même est légitime et susceptible d’augmenter l’impact du tableau, c’est exactement ce qui se passe avec la peinture de Marie Sallantin.
Nous voilà au point précis où je souhaitais vous entrainer : je suis persuadé qu’il est crucial d’être légitime, c’est-à-dire d’avoir beaucoup peint, dans l’exigence et la sincérité, pour entreprendre un livre qui traite du troisième art. Je veux dire un livre significatif. En matière de peinture et plus largement d’arts plastiques, Marie Sallantin sait de quoi elle parle. Je peux maintenant me risquer à commenter son ouvrage.

À contre courant de l’art contemporain

Pour commencer je dois avouer que je ne suis pas exactement un fanatique de la positive attitude. En gros, je pense qu’il est sain et qu’il peut même être salutaire de porter la critique, de manifester son désaccord. Aussi, quand j’ai lu le titre du bouquin, À contre courant de l’art contemporain, j’ai pensé « Tiens une charge contre l’art contemporain ! Why not ? ». Cependant, ou plutôt finalement, cet ouvrage est aussi et avant tout une ode à la peinture. J’insiste : ce livre est davantage pour la peinture que contre l’art contemporain.
Dans cet esprit, Marie Sallantin nous parle de son parcours et de sa démarche de peintre. Des reproductions de ses travaux, en nombre assez conséquent, illustrent, ou plutôt corroborent, ses propos. Dans ces travaux —parfaitement composés, vous trouverez l’accord général des tons, l’étendue et la sensibilité, bien sûr unique, de l’autrice.
Encore que cette formule ne suffise pas à la contenir et qu’elle y revienne dans la suite du livre, voici sa conception de la peinture :
« L’art de la peinture est de découvrir et explorer la jouissance de l’espace. Je ne fais pas de peinture pour m’exprimer mais plutôt pour explorer un espace plus grand que moi en laissant si possible une empreinte » (p. 81)

Mille cieux, Tempera sur toile, 54 x 65 cm

Mille cieux, Tempera sur toile, 54 x 65 cm

Mille cieux, Deux anges musiciens, 2010, Tempera sur toile, 195 x 114 cm

Dans son ouvrage, sont aussi évoquées ses exigences, ses sources d’inspiration ou ses sujets, notamment La Divine comédie de Dante. Il est aussi question de ses rapports avec les figures tutélaire du monde pictural et, dans certains cas, de ses rapports avec le monde réel… la haute montagne par exemple. Haute montagne qu’elle a affrontée avec l’aide de Vincent son époux, guide de haute montagne. Pour être plus précis, il est question de ses rapports avec le monde réel quand ils nourrissent son travail de peintre. C’est-à-dire qu’elle peint la montagne du Purgatoire, celui de Dante, en pensant à sa propre expérience de la haute montagne. Cette stratégie, ce diagramme, n’est pas nouveau à proprement parler. On pense par exemple —et quel bon exemple, à Braque. Il peignait des oiseaux en pensant à l’expérience qu’il avait des oiseaux et sans chercher, bien sûr, à les dépeindre :
« J’ai vu passer de grands oiseaux. De cette vision j’ai tiré des formes aériennes. Les oiseaux m’ont inspiré, je tente d’en extraire le meilleur profit pour mon dessin et ma peinture. Il me faut pourtant enfouir dans ma mémoire leur fonction naturelle d’oiseau. Le concept même après le choc de l’inspiration qui les a fait se lever dans mon esprit, ce concept doit s’effacer, s’abolir pour mieux dire, pour me rapprocher de ce qui me préoccupe essentiellement : la construction du fait pictural. »
Georges Braque, cité par André Verdet, Georges Braque, Genève, 1956, p. 10

L’arrivée de Dante et Virgile au pied de la montagne du Purgatoire, Encre sur papier, 55 x 44 cm, 2017

Il en est de même des montagnes de Marie. Elles nous donnent l’immensité, la hauteur de la montagne, elles sont monumentales à proprement parler, mais elles n’ont rien de commun avec une (banale) représentation. Comme il s’agit de la montagne du Purgatoire, les montagnes de Marie laissent planer comme une menace, un sentiment d’étrangeté, elles génèrent de l’inquiétude. Là encore cette impression d’hostilité ne relève pas d’une légende, de symboles ou encore d’une description. En fait, la hauteur et la dureté de cette montagne du purgatoire se trouve dans le dessin lui-même, dans les rapports de tons et dans les rapports de formes… Comme le dit Malraux à propos de Piero della Francesca :
« (…) ses personnages comme ceux des grands peintres sont sans expression (…) l’expression est dans sa peinture. »
Malraux André, Les voix du silence, Gallimard, 1951
Ici, c’est bien sûr« l’expression est dans sa peinture » qui compte.
Si vous me connaissez, vous savez que je n’oublie pas que son encre de chine, intitulée Dante et Virgile au pied du purgatoire, est avant tout un sublime dessin. Cependant, et pour revenir à la notion, à l’idée, de hauteur, ses œuvres peuvent donner la sensation de la chute,  de l’élévation, ou encore de la suspension dans l’atmosphère… Vous le constaterez en observant les toiles intégrées dans cet article, mais il ne s’agit pas de détailler la chute ou l’élévation, d’en énumérer les signes, mais plutôt d’en donner la sensation par les seuls moyens de la peinture ou du dessin.

L'arrivée de Dante et Virgile au pied de la montagne du Purgatoire, Encre sur papier, 54 x 44 cm

L’arrivée de Dante et Virgile au pied de la montagne du Purgatoire, Encre sur papier, 54 x 44 cm, , 2017

Comme Braque — et d’autres peintres de cet acabit, Marie Sallantin puise dans son expérience du monde sensible et réalise des toiles qui tiennent, impeccablement. Elle se distingue cependant de Braque et d’autres peintres de cet acabit — pas si nombreux à vrai dire, car, sans jamais tomber dans la narration, c’est-à-dire dans une peinture qui n’en est plus, une peinture littéraire, elle sert un sujet, un thème mythologique ou un passage de La Divine comédie. Elle le sert, elle l’interprète plutôt, en toute liberté. À ce propos, nous revient la fameuse formule de Guillaume Beaugé: « Le sujet est donc plus un allié qu’un maître, en peinture. »
Beaugé Guillaume, Du torrentiel dans l’art… Collection Paroles de peintres, éditeur Monts-Désert, publié en mai 2017, p. 83
Cette peintre avérée nous offre donc l’idée concrète, non romancé, et inspirée de son parcours, d’une pratique picturale exigeante. Un peu comme nous comprenons mieux la philo avec Deleuze, nous comprenons mieux la peinture avec Sallantin.

Enfer, Les damnés, d'après Rogier van de Weyden

Enfer, Les damnés, d’après Rogier van de Weyden, 60 x 50 cm

Jugement, Tempera sur toile, 195 x 130 cm, 2011

Jugement, Tempera sur toile, 195 x 130 cm, 2011

Malheureusement, cette peinture qu’elle aime tant, que nous aimons tous tant, cet art prodigieux, a été déclassé et en partie étouffé, par les différents acteurs de l’art dit contemporain, l’AC pour les intimes. J’ouvre une nouvelle parenthèse: attention ! il est question ici d’une peinture jouissant de qualités proprement picturales et non d’une peinture qui aurait des qualités narratives ou, justement, des qualités en lien avec l’AC, je pense à des attributs conceptuels, photographiques ou encore performatifs. Je ferme la parenthèse et je reprends…
Marie Sallantin a raison : la peinture est désormais dans l’ombre de l’Art contemporain et le peintre d’aujourd’hui est le plus souvent aux abois.
À ce propos, je me permets encore une digression, cette fois une petite anecdote personnelle, qui devrait conforter les propos de l’autrice: à trente deux ans, dans le début des années 90, mon porte folio, présenté par un amateur éclairé, avait séduit une importante galerie lyonnaise (la galerie Saint Georges). Je peignais alors dans dix mètres carré et il me fallait un atelier plus décent pour tenter une série de formats plus importants. C’était attendu. C’est dans cette période là, que tentant d’obtenir un atelier de la ville de paris, je me suis fait jeter par les représentants de le dite ville de paris. Les travaux que j’ai présenté à cette occasion étaient figuratifs et ne s’acquittaient d’aucune des missions édictées par l’AC (pas l’ombre d’un message, d’une énigme, d’une subversion, pas la moindre parodie ou la plus petite investigation, etc.) Aussi, c’est tout juste si les décideurs qui détenaient les clés de ces ateliers ne m’ont pas rit au nez. Le « nouvel académisme officiel », déjà en pleine gloire, aura donc compromis ce contact exceptionnel pour moi. En vérité, qu’ils l’expriment ou non, qu’ils en aient conscience ou non, ce nouvel académisme a modifié la vie de la plupart des peintres.
Le comble étant qu’il est très délicat de porter le fer contre l’AC, car, comme l’écrit Marie en p. 75, les réfractaires sont immédiatement désignés comme des êtres rétrogrades : « Ces derniers dissuadent ceux qui ne sont pas dupes et les désignent systématiquement comme des réactionnaires. » Et, encore plus fort, l’AC est « à l’abri de la crise puisqu’à l’abri de tout examen critique »  (p. 76).
Marie Sallantin est une des rares professionnelles qui s’exprime sur cette épineuse question. Si ce n’est déjà fait, remarquez que même les peintres exaspérés par l’AC s’engagent rarement ou s’engagent très prudemment sur cette thématique.
Son récit compte bien sûr d’autres réflexions  à contre courant de l’art contemporain. Vous les découvrirez, mais récapitulons: d’une part, les propositions du nouvel art officiel sont souvent risibles. D’autre part, l’AC étouffe les peintres et la peinture, en tout cas ceux qui ont mis la peinture, la peinture à proprement parler, au dessus de tout.
Pour ma part et pendant longtemps j’ai pensé que ce « nouvel académisme » était une simple pantalonnade. Puis, j’ai fini par admettre que pour nous —les peintres, les dessinateurs, les graveurs, les sculpteurs… le préjudice était clair et qu’il fallait mieux en rire pour ne pas en pleurer.
J’en étais exactement là. Cependant, Marie Sallantin m’a surpris, car elle va nettement plus loin quand elle évoque:
« (…) des « experts » adeptes fervents de l’Art Contemporain-Art financier »  p. 112
En vérité quel est le rôle de l’AC ? Si ce n’est de produire de la valeur et de spéculer sur les œuvres. Plus besoin d’employés et de locaux et, cerise sur le gâteau, les œuvres d’art sont généralement des niches fiscales. En fait, l’art dit contemporain est le rêve ultime du libéralisme économique exacerbé que nous connaissons aujourd’hui. La boucle est d’ailleurs bouclée, car, comme il n’y a plus de critères de jugement, les agents de ce système peuvent désigner les artistes de leur propre chef : «  Tout peut être de l’art si c’est décidé par des décideurs d’art. » p. 76
Dans la postface de l’ouvrage Pierre-Jean Brassac résume parfaitement le propos de Marie Sallantin :
« Le système économique dans lequel nous vivons conçoit une adoration sans borne de la valeur ajoutée, même fictive. Or, l’art contemporain, non seulement excelle dans la création de cette valeur: il en fixe lui-même le montant selon un mode de calcul surréaliste. L’artiste contemporain et son marchand inventent une valeur qui se rapporte moins « au coefficient d’art », qu’a son « coefficient de visibilité » ».
A méditer bien sûr.

Les anges du jugement, les damnés 2015, tempera, 1650 x 97 cm

Les anges du jugement, les damnés 2015, tempera, 1650 x 97 cm

En guise de conclusion, je vous livre cette merveilleuse citation empruntée à l’autrice d’À contre courant de l’art contemporain:
« Aussi ne serait-il pas vain aujourd’hui de revenir au message de Kandinsky, celui qui appelle les artistes et l’art à un tournant spirituel. Le contenu de l’art, ce vers quoi il tend, n’est pas seulement terrestre, il n’est pas non plus un reportage engagé pour des nobles causes, il est l’immatériel devenant forme. Dans la manière qui est propre à l’artiste, doit transparaitre l’expérience intime et la puissance d’émotion qui la rend communicable aux autres » p. 69

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